Sur Griffintown de Marie Hélène Poitras

Les grands romans débutent sur des images fortes : Griffintown n'échappe pas à la règle. La botte de Paul, perdue et retrouvée, marque l'imaginaire du lecteur dès qu'elle est évoquée. Symbole western par excellence, elle est le coup de pied dans la porte d'entrée du Horse Palace, huis clos de ces cochers du Vieux-Montréal, cowboys modernes qui refusent de voir le temps avoir raison de leur mode de vie. Et quand au bout de la botte se trouve le cadavre de leur patron, c'est « en famille » et sous le sceau du secret qu'ils décideront de mener l'enquête.

C'est à grands coups de sabots qu'arrive Marie, écuyère sensible qui refuse pourtant de se laisser démonter par ces hommes rustres qui n'ont pas l'intention de la laisser pénétrer leur univers inébranlable. Sauf John. L'amour trouve toujours son chemin et, telle une danse équine, Marie et John se dompteront l'un l'autre.

Griffintown est sans contredit l'un des titres du catalogue Alto dont la pérennité est nécessaire. Vibrant plaidoyer pour la conservation du patrimoine, le roman de Marie Hélène Poitras fait appel à notre mémoire collective. En utilisant une galerie de personnages issus d'un passé presque révolu (mais qui perdure malgré la course effrénée de la modernité) et en la plaçant face à cette femme, Marie, un pied entre les deux temporalités, l'écrivaine pose la grande question : nouveau est-il synonyme de meilleur?

Denis Gamache, Librairie Au Carrefour (Saint-Jean-sur-Richelieu)